MUSIQUE

PATRICE CAUMON – UN AUTRE IMBECILE   



https://soundcloud.com/patricecaumon/sets/ep-6-titres-un-autre-imbecile


Les musiciens :

Rome : chant sur Célesta, chœurs additionnels sur Un autre imbécile et Requin

C’était, je crois, son premier essai dans la pop, et on a gardé sa première prise dans Célesta. Pour l’impro dans Trouve-toi un autre imbécile, elle savait que j’aimais les bizarreries, les musiques étranges, et notamment les quarts de ton, et elle y est allée franco. J'adore ce qu’elle donne, on a fait trois ou quatre prises, on n‘avait envie de rien jeter.

Je l’ai rencontrée dans un stage d’impro, il y a longtemps. C’est une jeune mezzo-soprano à l’aise dans le chant classique comme dans la danse africaine, la danse contemporaine, l'impro. Même devant une caméra. Elle a tout pour elle.

Dans Requin, quand je la regardais jeter des « hey ! » avec tout son sérieux et sa fantaisie, comme une actrice, elle me rappelait ces artistes de mon enfance, Micheline Dax, Annie Cordy, des déconneuses qui apportaient tellement de classe et de fraîcheur, dans une télé très grise et une variété qui se prenait souvent très, très au sérieux.



Denis Barthe (Noir Désir, The Hyènes) : batteries sur Tout fout l’campRequin et Chanson pour Yoyo

C’est un de mes batteurs préférés. Un soir, je me suis retrouvé sur scène au milieu d’une trentaine de chanteurs pour reprendre Les petits papiers. C’était pas très clair, et quand tout le monde s’est retrouvé perdu, vers qui on s’est tous tournés ? Nini ! Sur sa batterie, il tenait la baraque à bouts de bras. 

On ne fait jamais attention aux batteurs pas démonstratifs, genre Charlie Watts ou Ringo Starr, que j'adore. Nini ne montre pas 5% de ce qu'il sait faire. Il est toujours à l'écoute de la façon dont ce qu'il fait sonne dans l’ensemble. C’est rare chez un batteur, et très appréciable en général chez un musicien. 

Nini nous a ouvert son studio tout neuf pour faire ces prises. Il a mis 13 micros autour de la batterie, il a joué et choisi ensuite lui-même ses prises. Il avait toute notre confiance. J'aime sa façon de se poser au fond du temps comme on dit, qui est assez subtile.  

Il était aussi à l’enterrement de Yoyo, alors jouer sur Chanson pour Yoyo l’a touché, je crois. 



Teddy Costa : harmonica sur Tout fout l’camp et Chanson pour Yoyo.

J’adore cet harmoniciste. Il est fan de très vieille musique américaine, comme moi, à partir de Charley Patton. Il vient du blues. Il fabrique des harmos au son incroyable. Son solo sur Tout fout l’camp  me file des frissons, on dirait un chat qui chante.



Jo Doherty (Sons of the desert, Loïc Lantoine) : violon sur Requin

J’ai rencontré Jo à plusieurs reprises, j’avais vraiment envie de l’enregistrer. Je lui dois quelques excuses, car il a joué sur la musique d’une autre chanson, que j’ai recollé sous le texte de Requin plus tard. On a été très directifs avec lui pendant qu’il bouillonnait d’idées. C’est juste un monstre de musique.



Patrick Mirandola (ex-Crésus, aujourd’hui sous le nom de Miran) : arrangements, programmations, guitare, basse

C’est un sorcier, un styliste, un perfectionniste aussi. Ses mixages sont  toujours hyper dessinés où rien ne se marche jamais sur les pieds, je les ressens comme des images mouvantes, des paysages animés sur plusieurs plans, avec beaucoup de profondeur.

J’avais entendu le premier travail de Patrick sur les bandes de Martintouseul et son approche très studio, très moderne, et c’est exactement ce que je cherchais. Il a arrangé, produit et surtout réalisé le disque. C’est aussi un auteur-compositeur, je crois qu'il a même réussi à me faire bouger des paroles. J’ai refait quelques voix chez moi, pour me donner le temps, mais dans l’ensemble, il a tout enregistré et mixé chez lui. Pour Tout fout l’camp, on a gardé la voix témoin. J’ai adoré venir et revenir dans sa fromagerie transformée en studio du fond du bois.



Le Choeur du Canard des Landes : sur Requin

C’est un chœur informel composé d'ami landais de tous âges, régulièrement invités pour faire des foules sur mes disques et participer aux clips. Il y a pas mal de musiciens, de hippies bien sûr, et quelques familles de copains prêtes à tout, et notamment à manger et boire un coup après le job. Comme ils ne sont pas sûrs que j’ai ce qu’il faut, ils amènent en général eux-mêmes les paniers, et ils sont rarement vides… 

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Guillaume Thévenin (Studio Cryogène Prod) : post-production sur Tout est faux chez Madame et sur Requin

On était arrivés au bout de ces deux morceaux avec Patrick, et on avait des doutes. Pour avoir un regard neuf, j'ai amené les bandes à Guillaume, qui a pris le son de Tout est faux comme une pâte sonore et l'a triturée avec pas mal d'humour. C'était très rafraîchissant pour les oreilles. Le chant est plutôt un flow, la mélodie est encore moins mozartienne que sur le reste du disque, alors derrière, il faut que ça bouge. Ça l'a passionné, et en plus, il se marrait. Il a adoré le trash des paroles. Je crois qu'il creuse son côté producteur-réalisateur dans plein d'autres projets, et il a bien raison.

Pour Requin, j'ai remonté une musique de Patrick à la maison, changé les paroles et amené l'ensemble à Guillaume pour la touche finale. J'adore le riff vocal, qui est venu presque spontanément chez Patrick. J'ai dû écouter trop de musique russe ou bavaroise.



Alexis Bardinet : mastering pour Globe Audio

Super boulot. Ils proposent toujours des idées et sont très disponibles. Ce sont des pros, des experts, en psychologie notamment. Avec les artistes, ça peut être très utile. C’est un vrai plaisir de bosser avec eux.



Pierre Wetzel : photo

Pierre avait réalisé une série de portraits de moi sur le thème du trac pour un projet de bouquin qu’on avait ensemble et qui ne s’est toujours pas fait : je trônais sur les toilettes du Krakatoa (Mérignac, 33), la tête dans les mains... Je cherchais aussi à faire des cachets comme figurant ou comédien, et je voulais une photo où j’ai l’air d’un type normal et pas d’un tueur ou d’un imbécile, comme souvent. On retrouvé la photo du disque dans celles-ci. Pour celles où j’ai l’air d’un tueur, c’est pour le prochain disque…



Les 6 chansons 


1 - Tout fout l’camp

Je suis vraiment-vraiment pas fan des réacs, de gauche, de droite et du centre, au comptoir, dans le bureau de vote ou des réacs qui se lâchent à Noël. Tout n'était forcément mieux avant. C’est un chant là-dessus, celui d'un type frustré qui déverse sa bile sur les problèmes sociaux ou globaux, avec pas mal de mauvaise foi. La sienne ou la mienne? Je n'arrive pas à savoir.

« On voyait pas ça avant
On se sent pas informés
Nous sommes tous décadents
Même Drucker est devenu mauvais

Et si les gens se plaignent
c'est bien qu'ya une raison
C'est toute la France qui saigne
A chaque changement d'saison »


2 - Un autre imbécile

C'est une chanson née d'une scène de rupture et de réglage de comptes. Dans ces cas-là, tous les vieux dossiers remontent ensemble à la surface. Sur la fin, la jeune fille se met à décliner les qualités de l’homme idéal, une liste longue comme la liste de cadeaux d’un mariage princier. Là, je me dis : ok, alors trouve-toi un autre imbécile. Petite cruauté contre petite cruauté. Voilà.

« Et voilà que tu me mets à disserter sur mon QI
je me fais l'effet d'une blonde qui serait pourvue d'un zizi
P'têt que c'est l'prix à payer pour porter le membre viril
qui s'il parlait te dirait: trouve-toi un autre imbécile »



3 - Célesta

Ceci est une pure chanson d'amour. Ok, avec pas mal de sous-entendus. J'ai toujours écrit des bluettes d'amour comme ça, plus tristes que celles-là en général, c'est mon côté midinette, mon côté Marie Laforêt. 

Le célesta, c’est un instrument de l’orchestre classique qu’on retrouve toujours dans les sons des claviers électroniques. Enfin, c’est ce qu’on veut. Sur scène, je l’interprète avec Rome, dans une sorte de duplex.

« Je sais bien que c'est pas
vraiment un vrai célesta
que c'est un de ces instruments
que l'on offre aux enfants »



4 - Tout est faux chez Madame

J’ai voulu aborder un grave sujet de société, à savoir le retraitement des déchets liés à la pratique massive de la chirurgie esthétique. J’ai toujours été étonné par la réaction des femmes aux concerts. Elles ont de l’humour, j'en témoigne. Les hommes, par ricochet, en prennent aussi pour leur grade, mais de façon pas assez évidente, semble-t-il. J’espère bien me rattraper un de ces jours.

« Avant l'inhumation, après que tu sois morte
il faudra bien t'enlever tout ce que tu portes
en gros : les lèvres, les seins, les ongles, les joues, - oh, je m'y perds
sinon tu dégoûteras même les vers de terre »



5 - Requin

Je n'ai jamais eu de chanson engagée. Celle-ci l'est un peu. J'ai écrit Requin après avoir discuté avec un vrai PDG dans une soirée plutôt arrosée. Il m'avait repéré, avec ma couette en dreadlocks, il a dû me mettre dans la case "gauchiste bêlant", et donc, toute la soirée, il m'a fait la promo (non sans humour, je dois préciser) de son mode de vie, vantant les mérites de la dérégulation totale des marchés, de la loi de la jungle dans le monde de l'entreprise, des joies saines d'une vie de prédation économique, bref, du néo-libéralisme le plus débridé. J'ai rêvé ensuite qu'il loupait ses réincarnations successives après sa mort, et qu'il se trouvait bien finalement dans la peau du terrible squale. 

Je pensais que la confrontation de ce texte avec le code "musique festive" en accentuerait l'ironie. Quand je vois des gens danser là-dessus, je me prends à penser que tout le monde s'en fout.

« ah l'océan est vaste et dénué de syndicats
nous sommes tous égaux devant la loi du plus fort
le plus gros est ton supérieur, le petit ton prochain repas
en plus t'as le droit de manger celui qui est pas d'accord »



6 - Chanson pour Yoyo

Il s’appelait Aziz Abdelkader Mohamed et quelque chose, je n’ai jamais trop su exactement, et pour cette raison, je ne retrouverai jamais sa tombe. Pour moi et pour tout le monde, c’était Yoyo. Un être solaire.

« tu disais la vie est un fardeau
que l'on quitterait un peu moins tôt
qu'on n'sait jamais qui gagne au change

que même les jours où il fait beau
c'est dur de faire le bouchon sur l'eau
que la pluie n'a pas d'importance »




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